L'Express

La Syncope du 7, un grand cru d’AOC


Le collectif, qui mêle cirque, danse, musique, théâtre et acrobatie, signe ici un spectacle de haute volée.

Portés par le désir impérieux d’inventer leur propre forme de spectacle, tout en échappant au genre aujourd’hui désuet (car historiquement mort) du nouveau cirque, d’anciens élèves du Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne créent le Collectif AOC, en janvier 2000. AOC pour appellation d’origine contrôlée, Artistes d’origine circassiennes ou Acrobates originaux et contemporain ? L’équipe brouille volontiers les pistes. Ce qui lui importe, c’est de mêler cirque, danse, musique, théâtre et acrobatie. Cette acrobatie dont Théophile Gautier regrettait déjà qu’on fasse si peu de cas : «L’acrobate est un artiste sérieux, il tient ce qu’il promet.»
Avec leur Syncope du 7, la promesse est de haute volée. Dans une suite de mouvements rapides et fluides, six hommes bondissent, rebondissent, volent, tombent, jonglent et dansent sur cinq niveaux. Les trajectoires des corps et des objets se croisent, dessinant, devant un mur en légère pente, des lignes horizontales, verticales, obliques. On perçoit la même liberté que dans un dessin d’enfant, à la différence qu’ici ce sont les lois de la pesanteur et de l’équilibre qui sont au cœur du jeu. Avec une aisance et une fantaisie incroyables, ces virtuoses de l’air effacent toute difficulté. Ils prennent même le temps de se chamailler. Le vertige, dont ils semblent se moquer, saisit le spectateur, qui suspend sa respiration à chaque envol. Emu, étourdi, subjugué, ils partagent des émotions aussi incomparables qu’inédites.
La metteuse en scène et chorégraphe Fatou Traoré ne nous épargne guère, qui enrichit de mouvement Kung-fu et de hip-hop cette extraordinaire composition visuelle et musicale, sans en surexposer la dimension plastique. Créer en août 2001 à Nexon, le pôle régional des arts du cirque le plus vivace de France, La Syncope du 7 demeure à ce jour un manifeste prodigieux de la capacité des gens du cirque à s’ouvrir aux autres arts pour nous mener du spectaculaire à la poésie.


Thierry Voisin