
Un cirque qui décoiffe !
Ils détournent le mot, comme ils retournent le
public, ravi après avoir été surpris : « La
Syncope du 7 », le nouveau spectacle de cirque du Collectif
AOC, installé pour un mois à la Villette, joue sur le
sens positif du mot syncope. Un éblouissement et un étourdissement…
Ce souffle coupé, ce « Oh ! » qu’on
ne peut retenir, c’est l’essence du cirque. Cette jeune
troupe issue du Centre national des arts du cirque ne l’oublie
pas, mais en renouvelle les techniques, en remisant au grenier le folklore
de la piste. Pas de piste du tout, mais une structure métallique
avec trampoline, qui ressemble à un échafaudage.
Spectaculaire et populaire
Pas de beaux costumes non plus : cuir déchiré, jeans
et basket, robes de bonzes découpées à l’emporte-pièce
dans un tissu incolore. Au début, le public craint d’avantage
l’endormissement que l’éblouissement.
Mais c’est dans les rêves qu’il va entrer : un
couple se forme au trapèze, et le trampoline devient le théâtre
de splendides chorégraphies aériennes.
Entre « Tigre et Dragon » et une bande dessinée manga, en passant par l’imagerie des jeux vidéo, les six acrobates s’envoient littéralement en l’air en rebondissant sans fin et en marchand le long d’une paroi verticale transparente. Le vol y semble le prolongement naturel de la marche. Ne cherchez pas les effets spéciaux : tout est naturel dans la force et l’énergie. L’art du cirque croise le fer avec les arts martiaux. Un musicien (avec lui, ça fait sept, comme dans le titre), tapis sous la structure métallique dans une sorte de campement futuriste, derrière ses platines, délivre un concert techno et world qui chauffe à blanc les artistes. Le son et l’action fusionnent comme rarement : on ne sait plus si c’est la musique qui accompagne les acrobates ou l’inverse. Du charivari au jonglage, du trapèze aux clowns, les figures traditionnelles sont bien là, mixées à d’autres figures plus inattendues, kung-fu, hip-hop, rave techno, mises en scène par la chorégraphe Fatou Traoré.
« La Syncope du 7 » réunit les amoureux de la piste, souvent divisés en tordant le cou à deux préjugés : le cirque traditionnel ne plairait qu’aux enfants et ce « nouveau cirque » qu’aux adultes. Spectaculaire et populaire, le Collectif AOC emporte tout le monde sous son aile et va surtout réconcilier les ados avec la poésie du cirque : c’est leur univers qui allume la mèche du feu d’artifice.
Yves JAEGLÉ

