LES INROCKUPTIBLES
11 - 15 mai 2005

au-dessous du volcan


QUESTION DE DIRECTIONS
MISE EN SCÈNE ET CHORÉGRAPHIE
COLLECTIF AOC ET REBECCA MURGI
A Saint-Quentin-en-Yvelines

Rebonds, ressorts et autres chausse-trappes : le troisième spectacle du Collectif AOC est volcanique et remarquable.

Un cercle blanc traversé par deux lignes – horizontale pour le fil, verticale pour le mât chinois. Une épure en forme de leurre car la piste est creusée de trappes d’où surgissent trois filles et six garçons, drainant les premières chutes, clownesques et dansantes, qui inaugurent Question de directions. Un vol suspendu, qu’interrompt le noir final dans l’ultime élan du saut, en constitue la dernière image.
C’est entre ces parenthèses, ces deux topiques de la hantise circassienne – la chute et l’élan brisé que se déploie, en incessants surgissements des agrès et des interprètes, le troisième spectacle du Collectif AOC, très attendu après sa précédente création, La Syncope du 7, symphonie gestuelle et visuelle pour trampoline collectif AOC établissait déjà clairement son désir de mêler danse et acrobatie, chorégraphie et mise en scène, sans oublier la musique, jouée live, essentielle et hautement participative.

On se souvient qu’issus du Centre national des arts du cirque de Châlons en Champagne, ils y ont tous ou presque, clos leur cursus en 1999 avec le spectacle Vita Nova, conçu par les chorégraphes Héla Fattoumi et Eric Lamoureux. Sculpté, le décor fonctionnait comme un agrès, la danse se coulait dans l’univers du cirque et le fluidifiait d’une nonchalance apaisante entre deux numéros de haute voltige franchement vertigineux.

Plus tard, dans La Syncope du 7, un écran transparent reflétait et redoublait les figures collectives qui jaillissaient du trampoline. Leur exubérance y était tapageuse et faisait voler en éclats la fixité monumentale du décor.

Dans Question de direction, c’est la matrice du cirque - cette piste surélevée qui catapulte trampoline et massues, hommes et femmes, instruments et lumières, à la façon d’un ventre volcanique - qui forme l’image mentale la plus prégnante.

Les pages d’un journal qu’on tourne, le frottement d’une bouteille de vodka sur un 33t, un banc tourniquet, des jambes de filles et des têtes masculines émergeant des trappes comme un flash dédié à Pierre Molinier : ici tout fait cirque. Un cirque conçu comme mise en place d’un tempo modulable en permanence, une mécanique rythmée qui n’empêche pas l’autonomie, l’indépendance, la fuite ou la disparition.

La notion de collectif n’est pas seulement aventure artistique mais également humaine, et le talent manifeste de chacun consiste à jeter dans le feu de la création le petit bois de l’existence, de l’expérience réelle comme des rêves qui lui fournissent sa sève. Séductrice contre dandy, professeur Tournesol versus Superdupont, les figures sont multiples, toutes les directions envisagées : « Après avoir travaillé dans La Syncope du 7 sur la notion d’agrégation à partir d’une structure monumentale centrale et imposante qui soudait des personnages autour d’elle, nous faisons le choix , pour cette création, d’une scénographie changeante, ouverte, éclatée, qui traduit un nouvel état, une nouvelle configuration, une nouvelle conscience du collectif. »
Qui fait plaisir à voir et confirme la justesse de leur appellation : AOC, Artistes d’Origine Circassienne ayant opté d’emblée pour le métissage des arts avec une grâce et une insolence que l’on consommerait bien immodérément.

Fabienne Arvers