
LIBERATION
L'écriture scénique, précepte du jeune cirque.
Chorégraphie et narration sont au service du travail des corps.
Le cirque ne serait-il qu'une forme ? Lorsque, dans les années
80, des artistes de théâtres s'en emparent, le parti pris
et de remplacer la simple succession de numéros par une narration
théâtrale fonctionnant comme un lien ou par des mouvements
chorégraphiques. L'aisance scénique du jeu et de la chorégraphie
agit alors en contrepoint parfait de la performance physique.
Kitch. Esthétiquement, quatre lignes majeures se dessinent. La
première, référence directe au théâtre
de l'Europe de l'est, évoque un cirque de l'absurde, où
la piste apparaît comme une surface étrangère à
l'artiste qui la foule. Une autre fait référence à
la danse des années 80 et se construit selon un arte povera :
vêtu sans effets, les circassiens détaillent un spectaculaire
du quotidien, jonglant avec des objets de tous les jours. La troisième
tendance convoque le merveilleux et se pose comme un conte moderne du
monde urbain. La dernière s'inscrit dans un néoclassicisme
ironique : il s'agit de bâtir une parodie des cirques traditionnels
à force du numéros « ratés » et outrageusement
kitsch. Art jeune, donc modulable, le cirque a puisé dans les
autres arts vivants pour asseoir sa légitimité. Plus récemment,
il a effacé le clivage qui l'opposait au cirque traditionnel
et replacé l'artiste au centre d'une démarche spectaculaire.
Dans le sillage de leurs aînés de Plume, d'Archaos ou de
personnalités comme les jongleurs Jérome Thomas ou Nickolaus,
une nouvelle génération d'artistes - acrobates comme Mathurin
Bolze (lire ci-dessus) ou Jorg Muller, manipulateurs d'objets comme
Johann Le Guillerm ou Ezec Le Floc'h - tente de définir le champ
d'action du cirque. L'occasion de créer de nouveaux registres
de jeu, d'interroger le matériel, voire de l'adapter et d'envisager
la scénographie comme un réel support artistique à
l'excellence du corps.
Duels. En cela, le spectacle du Collectif AOC, la Syncope du 7, est
l'un des meilleurs que l'Année des arts du cirque donne à
voir. La structure ressemble à un gros cube placé sur
le plateau où trône un trampoline. Les circulations se
font devant, autour ou au-dessus, mêle la jongle en groupe à
des duels d'acrobaties aériennes, puise dans les mangas ou semble
rejouer Matrix. On entre de plain- pied dans un duel collectif, une
lutte envoûtante pour des territoires de scènes, une maîtrise
parfaite du corps et de ses mouvements, sans qu'à aucun moment
les chorégraphies ne prennent le pas sur la performance physique,
ou vice versa. Pour l'écrivain et metteur en scène François
Cervantès, du Cirque désaccordé, la tentation est
souvent grande de « coller une histoire sur des techniques au
lieu de chercher à savoir ce que le corps au travail raconte
». Le cirque est avant tout une forme qu'il faut « faire
parler ».

