
Science fiction circassienne ?
« La Syncope du 7 » met en scène sept mercenaires
des temps modernes.
Un spectacle futuriste éblouissant, actuellement au parc de La Villette.
Voilà des années que les personnages de films de science-fiction tirent sur la sonnette d'alarme : le futur, ça n'a rien de rigolo. A défaut d'être entendus, ils -à moins qu'il ne s'agisse de leurs clones ?- ont déserté les écrans de cinéma pour les pistes de cirque.
Certains, échappés de Mad Max, de Subway, ou de Matrix,
se sont installés sous le chapiteau de parc de La Villette à
Paris. Leur rencontre, interprétée, chorégraphiée
et mise en scène par le Collectif AOC et par Fatou Traoré
donne lieu à un spectacle éblouissant qui mêle avec
bonheur les arts du cirque aux techniques du septième art (manga,
hip-hop, kung-fu, musique éléctro).
C'est une drôle d'histoire, universelle et très actuelle,
que celle de ces sept mercenaires. Tous ont atterri on ne sait comment
au sein d'un univers concentrationnaire qui ressemble furieusement au
camp américain de Guantanamo à Cuba. Dans cette cage de
verre et de grillage échouée au milieu de nulle part,
chacun tient son rôle. Les prisonniers tournent en rond, les matons
surveillent et le système s'en porte à merveille. Jusqu'au
jour où un elfe échappé des bas-fonds du pénitencier
croise la route d'un ange trapéziste.
Art total. Leur corps à corps aérien va faire souffler
un vent de folie et de liberté sur les condamnés. D'abord
méfiants les uns envers les autres, ils finissent par s'unir
pour composer au final un hymne urbain énergétique, à
la solidarité. Il est ici question d'un art total. Aucun des
numéros traditionnels du cirque n'a été oublié.
A l'instar de cette scène magique de jonglage au cours de laquelle
des quilles se mettent à danser sur le sol. Il y a aussi ce clown
en jean et tee-shirt, véritable farfadet des temps modernes,
qui n'en rate pas une. Un percussionniste, bruiteur à ses heures,
accompagne les faits et gestes de chacun de ces personnages, véritables
danseurs du troisième millénaire, capables des prouesses
techniques les plus époustouflantes.
Mais c'est surtout l'intrusion du cinéma dans cet univers circassien
qui fait toute la différence. Comme lorsque les acrobates s'élancent
des trampolines pour marcher sur les murs, dans un mouvement répétitif
qui donne l'impression d'une image que l'on rembobine. Les spectateurs,
entraînés au coeur de ce futur très actuel, en perdent
finalement la notion du temps.
Yasmine Youssi

