
La Syncope du 7
A la Villette
Ca ressemble à un film de kung-fu, le son enfle comme dans une
rave, ça break-danse à tout va, mais c'est bien d'un cirque
qu'il s'agit. Syncope communicative. Un cirque techno : une formule
simple lue ici ou là, mais qui s'essaie à dire l'effet
produit par La Syncope du 7 : 7 parce qu'ils sont sept sur la piste,
et syncope par ce que, à trop mettre la gomme, on se dépasse
ou on s'efface... Ce qui est d'ordinaire censé nourrit un spectacle
est déposé sur la table, autrement dire sur la piste.
En vrac : le manga, la techno, le kung-fu et le hip-hop. Ne reste plus
alors qu'à sauter dans l'image, sonore ou visuelle : un jeu d'enfant
pour cette bande de circassiens réunis depuis 2000 sous le nom
du Collectif AOC (Artistes d'origine circassienne) et rejoint, pour
ce spectacle par la chorégraphe Fatou Traoré.
Déjà, le dispositif détonne : à la piste
circulaire, ils préfèrent une scène quasi frontale
au fond de laquelle une structure métallique à multiples
entrées permet de jouer sur plusieurs niveaux.
Juxtaposé à une paroi transparente posée à
l'oblique, le trampoline ouvre sur la piste ainsi que sur les gradins.
Tapis dessous, Olivier Teneur lance le son, joue de tous les instruments,
corps compris et s'évade de sa cache dès qu'il le peut.
Lentement la troupe s'ébroue, les lumières tamisent les
anges et les reflets vibrent dans les fils tendus autour de la structure.
L'arrière-plan est le premier visible. Il faut scruter, chercher
les ombres des acrobates qui prennent place silencieusement, avant de
découvrir l'ange perché sur son trapèze.
Cet aspect disparate est la levure qui fait monter la pâte à
la succession des numéros en solo ou en duo, les AOC préfèrent
le mélange par accumulation. Point d'orgue de cette aventure
: le trampoline. Sonorisé, il nous fait entendre le mouvement,
modifié dans son ampleur et sa couleur en fonction des sauts
et déplacements sur la plaque transparente. Le volume sonore
se transforme en agrès au même titre que le trapèze
ou la balançoire russe, en interaction totale avec le mouvement.
Quant à l'oeil, il jongle entre une vue de face pour les sauts
et l'illusion d'une vue aérienne, lorsque les acrobates marchent
sur la paroi et jonglent, littéralement, avec l'apesanteur. Un
vrai univers virtuel.
Pour aller vite et reprendre l'image du cirque techno, on dira qu'ils
mixent entre eux tous les agrès du cirque, le terme désignant
à la fois l'objet et la pratique. Et de l'objet ils font un matériau
modelable à l'envi, tel le son que l'on voit, ici, dessiner le
geste alors qu'il l'amplifie. Trouble des perceptions assurées...
Rarement, il est vrai, on avait vu un trampoline utilisé ainsi.
La virtuosité du groupe, c'est dans le passage de relais de l'un
à l'autre que les membres la revendiquent, telle cette scène
de jonglage démarrée au sol avant de prendre en un seul
geste l'ensemble de la structure et des circassiens. Tout jongle et
disjoncte de concert. Sans idéalisme benêt : à la
mécanique du groupe ' parfaite et efficace ' s'oppose le dérèglement
individuel. Chacun y va de sa fantaisie et la dimension clownesque de
Sylvain Decure fait alors des merveilles, pour ne rien dire de l'acrobate
ahurissant qui se cache dans sa frêle silhouette de Gaston. Jeunes
et très talentueux, les AOC ont conquis la chorégraphe
Stéphanie Aubin, directrice du Manège de Reims : ils succèdent
à la résidence du clown-jongleur Nicolaus pour une durée
de deux ans. Et même si leur Syncope du 7 part en tournée
en France, en Angleterre et au Portugal dans les mois à venir,
ils animeront très prochainement la nouvelle édition du
Dimanche des Curiosités au Manège le 4 mai 2003.
Fabienne Arvers
Espace Chapiteaux de la Villette, jusqu'au 12 avril ;
Queen Elisabeth Hall à Londres du 23 au 26 avril ;
Agora à Boulazac du 21 au 24 mai ;
Festival de Cherbourg les 4 et 5 juillet

